Historique du collège

Lundi 12 Octobre 2009

Historique du collège
AUX ORIGINES : UN SITE SUR UNE TERRASSE, AUPRÈS D'UN OPPIDUM
    Lorsque Jules César, avide d'obtenir le pouvoir suprême et de soumettre toute la Gaule à la domination de Rome, se présenta, au cours de sa guerre de conquête, devant Avaricum et réfléchit aux moyens de l'assiéger avec succès, il se trouva devant une ville d'importance moyenne qui s'élevait à proximité du confluent de deux rivières, l'Yèvre et l'Auron. Le nom même porté alors par la localité rappelait cette situation : dans la langue des Bituriges - ses habitants - Avar Icum signifiait littéralement le port (ou petit passage) sur l'Yèvre.
      César remarqua, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules : "Les Gaulois, pour éviter la chaleur, bâtissent toujours leurs habitations dans le voisinage des bois et des fleuves." Mais, à Avaricum, cette recherche d'une douceur de vivre se conjuguait à l'intérêt stratégique du lieu. La ville avait été édifiée, au coeur de la Champagne berrichonne, sur un promontoire calcaire dominant d'un peu plus de vingt-cinq mètres les environs. Le site du collège Littré occupait alors une petite terrasse en pente douce, non loin de la pointe nord-ouest de ce modeste escarpement et du confluent des rivières.
    La position était avantageuse pour ses occupants : tout autour s'étendait une vaste zone de marécages parcourus par des eaux courantes, dont les marais aujourd'hui cultivés ne donnent qu'une très faible idée. Au sud-est, au niveau de l'actuelle place André-Malraux (près de la Maison de la Culture de Bourges), cet éperon ne se rattachait que par un étroit passage - sorte d'isthme facile à défendre - au plateau de la Champagne berrichonne. Déjà, à l'époque de la Tène III (Ier siècle avant notre ère), un fossé profond et large y avait été creusé, révélé par une campagne de fouilles qui eut lieu à la fin des années 1980 à l'extrémité de la rue Moyenne (actuelle rue Jacques-Rimbault).
    La ville s'était développée à l'emplacement d'un *oppidum que ce fossé défendait en l'isolant du plateau. C'était une des plus belles villes de la Gaule ; et ses habitants avaient obtenu de Vercingétorix, qui pratiquait la tactique de la terre brûlée pour ralentir l'avancée des légions romaines en empêchant leurs approvisionnements, de la conserver intacte. On était persuadé alors qu'elle pourrait résister victorieusement à l'envahisseur. César lui-même le craignait, quand il affirmait : "Il leur sera facile, vu sa position, de la défendre, car presque de tous côtés elle est entourée par l'eau courante et le marais, et n'offre qu'un accès qui est d'une extrême étroitesse." Et cette ville, qui dressait de puissantes murailles face au regard de l'ambitieux général, avait déjà près de cinq siècles d'existence au moment où les légionnaires romains s'activaient aux travaux de retranchement et assemblaient les machines de siège.

*oppidum
Oppidum : Ville fortifiée ou ensemble des fortifications d'un lieu, en particulier place fortifiée gauloise.

DES HABITATS  PROTOHISTORIQUES

    En procédant à des fouilles, avant la construction d'un gymnase semi-enterré et d'une extension du collège Littré, les archéologues Olivier RUFFIER et Jacques TROADEC et leur équipe ont retrouvé, en septembre 1986, les vestiges de plusieurs habitats. Ceux-ci représentaient trois phases distinctes d'occupation du site, dès l'époque protohistorique.
    Le premier habitat, dont ne subsistaient que des traces, sous l'aspect de ce qui a paru être une cave, a été daté du dernier tiers du VIème siècle avant notre ère. Sur son emplacement, après un comblement avec les matériaux de destruction d'un bâtiment voisin, fut élevé un nouvel habitat au sol de calcaire concassé et damé. Un troisième ensemble fut encore édifié sur le précédent, bâtiment dont la structure était en bois, le sol d'argile mêlée de sable, formant une chape épaisse, les murs de torchis et la couverture de chaume. Une clison le partageait en deux pièces. Dans la première se trouvaient les vestiges d'un four domestique. A proximité, une petite fosse correspondait à l'assise d'un cratère. Ce dernier habitat fut déruit par un incendie à la fin du Vème siècle avant notre ère, comme en témoignaient les fragments carbonisés retrouvés au cours des fouilles.
     Ce n'est qu'au cours de la période gallo-romaine que la parcelle supporta à nouveau une construction. Cependant, cette campagne d'archéologie a apporté une réponse irréfutable à la question de savoir depuis quand le site du collège Littré fait partie d'un ensemble urbain. L'ancienneté et la qualité des vestiges découverts à l'angle de la rue Littré et de la rue des Trois-Pommes montrent que le phénomène urbain, à Bourges, était déjà né à la fin du VIème siècle avant notre ère. Il s'est développé au cours d'une occupation du site qu'on peut considérer comme continue pendant désormais plus de vingt-cinq siècles.
    Les fragments d'enduit intérieur des habitats construits par les Bituriges (il s'agissait d'un enduit lissé ou coloré) et la multitude des tessons de terre cuite recueillis (environ six mille) nous renseignent en outre sur les goûts des premiers occupants. Leurs habitats étaient relativement luxueux pour leur époque. Si les fragments de céramique commune, de fabrication indigène, produite par des artisans spécialisés, représentent la plus forte proportion, bon nombre de tessons de céramique importée ont été trouvés. Il s'agit notamment d'une céramique cuite par les Etrusques et surtout de céramique attique, tantôt à figures noires (le décor raffiné apparaît en noir sur un fond rouge), tantôt à figures rouges (le décor apparaît, inversement, figuré en rouge sur un fond noir).
  Ainsi, non seulement ces trouvailles attestent que les premiers occupants du site éprouvaient, dès la fin du VIème siècle avant notre ère, le goût du luxe, mais encore elles prouvent la vitalité d'échanges commerciaux entretenus avec le monde méditerranéen. Une économie de subsistance, dans laquelle chacun ne parvient à produire que ce qui couvre ses propres besoins, était impropre à soutenir un tel goût de luxe. Seule une économie dégageant un surplus, pour permettre des échanges avec des centres de production très éloignés, était apte à satisfaire cette aspiration à un raffinemen127.0.0.1t des équipements domestiques.
    La cité des Bituriges était donc, dès l'époque protohistorique, un centre au sein duquel avait émergé une aristocratie capable d'organiser l'économie du territoire, d'encourager une production excédentaire, de veiller à en assurer la commercialisation. C'est dans l'apparition de cette aristocratie, plus que dans celle d'un regroupement de demeures solidement construites le long de rues tracées rationnellement, qu'il faut chercher l'origine du phénomène urbain. A cet égard, les découvertes effectuées sur le site du collège Littré, qui remontent à un demi-millénaire avant la reddition de la ville entre les mains de Jules César, prennent une valeur exemplaire.

REMODELAGE DU SITE A L'EPOQUE GALLO ROMAINE

Après un siège méthodiquement conduit qui dura près d'un mois, Avaricum, en 52 avant Jésus-Christ, tomba au pouvoir de Jules César. Mais, une fois la conquête de la Gaule achevée, à peine l'énergique dictateur s'employait-il à mettre un terme définitif aux guerres civiles qui se ranimaient périodiquement à Rome qu'il mourut le jour des ides de mars 44 (15 mars), victime d'une conjuration des sénateurs. Sa succession réglée et la paix rétablie dans la capitale et dans l'empire, la tâche d'organiser l'administration de la nouvelle conquête revint à Auguste. La Gaule fut donc divisée en quatre provinces. Avaricum fut placée à la tête de l'une d'elles, l'Aquitaine. Lorsque cette dernière fut encore divisée, Avaricum ne perdit pas son rang pour autant. Chef-lieu de l'Aquitaine Première, la ville était située stratégiquement à un carrefour de voies de communication importantes. Celles-ci la mettaient en relation avec Cenabum (Orléans), Limonum (Poitiers), Caesarodunum (Tours), Augustoritum (Limoges), Augustonemetum (Clermont-Ferrand) d'une part, avec Augustodunum (Autun), Lugdunum (Lyon) et, au-delà, avec l'Italie d'autre part. Notons qu'aujourd'hui, l'archevêque de Bourges continue de porter le titre de primat d'Aquitaine.
    Au cours des Ier et IIème siècles de notre ère, la ville était en plein essor. L'époque d'Auguste (27 avant Jésus-Christ ; 14 après Jésus-Christ) est représentée par la construction, sur le site du collège, vers l'an 1 ou, peut-être, quelques années auparavant, d'un bâtiment urbain privé. Son architecture - une structure de bois garnie de torchis élevée sur une base de maçonnerie et un sol de terre battue - n'était pas différente de celle des maisons édifiées pendant l'époque protohistorique. Aussi les traces qui subsistèrent de ce bâtiment demeurèrent-elles trop ténues pour qu'on en sache davantage. Ce mode de construction mis en oeuvre par les bâtisseurs de l'Antiquité traverse d'ailleurs les siècles, sans être beaucoup modifié : à Bourges comme en bien d'autres villes de France, nombre de maisons, au XVIème siècle encore, furent élevées suivant les mêmes principes.
    Deux générations plus tard, sous le règne de l'empereur Claude, cette habitation fut rasée à son tour, entre 40 et 50 de notre ère. Il semble qu'alors un nouveau plan d'urbanisme ait visé à remanier profondément la physionomie du quartier : maintes maisons cédèrent la place à des constructions plus résistantes, soigneusement maçonnées, destinées visiblement à durer et à afficher un certain prestige. Divers travaux, aux XIXème et XXème siècles, permirent de découvrir fortuitement, dans les alentours immédiats du site du collège, des fragments de murs bien appareillés. Ceux-ci montrent que l'espace actuellement délimité par la place Planchat et par les rues Gambon, des Trois-Pommes et de la Nation, se couvrit à cette époque d'une certaine densité d'édifices.
    Sur le site du collège fut donc lancée la construction, au milieu du Ier siècle, d'un édifice dont la destination est mal connue. La fouille en révéla une partie, sous la forme d'un impressionnant massif de maçonnerie, haut de quatre mètres et épais de quatre mètres et demi. Son parement, réalisé en moellons bien calibrés de petite taille, témoignait du soin apporté à sa réalisation. Ses dimensions, dépassant de loin les proportions ordinaires des habitats privés, laissent supposer qu'il s'agissait d'un édifice monumental, d'apparence grandiose, à vocation publique. Aussi est-on tenté de le mettre en relation avec l'amphithéâtre, installé près d'un demi-siècle plus tard à quelque cent cinquante mètres de là. Une partie du parement, qui présente une grande ressemblance avec celui de l'enceinte construite plus tard pour enfermer la ville du Bas-Empire, a été reconstituée au fond de la cour du collège.
    Tout autour, les demeures édifiées durant la seconde moitié du premier siècle de notre ère étaient à l'évidence confortables. Elles possédaient au moins une salle chauffée par un hypocauste, ainsi qu'une cave maçonnée. Aux sols en terre battue avaient succédé d'autres sols plus hygiéniques, faits d'un mortier de tuileau.
    Le quartier du collège Littré avait donc totalement changé d'aspect, au moment de la construction de l'édifice monumental, car le sol avait été rehaussé volontairement d'environ deux mètres par rapport à son niveau d'origine. Ce remodelage de la physionomie de la ville se poursuivit au IIème siècle ; il s'accompagna de la construction d'un grand portique à arcades, de part et d'autre de l'actuelle rue d'Auron, parallèlement à la rue des Arènes et à la rue Fernault, ainsi que d'une fontaine publique, admirable vestige aux proportions sans doute imposantes à l'origine.
     Notons encore qu'en 1848, entre les rues Littré et Gambon, furent découverts par hasard une grande salle au sol couvert de mosaïques et des fragments d'architecture monumentale, comme des chapiteaux, des frises, des entablements.
    La ville, qui n'était pas encore ceinturée du rempart du Bas-Empire (dont s'élèvent, çà et là, des vestiges bien reconnaissables), comportait alors des monuments publics importants : des thermes, des temples, un amphithéâtre, ainsi que, dans ses abords, de vastes nécropoles. Le rempart, de forme ovale, construit au milieu du IVème siècle, ne pouvait enfermer tout l'espace ainsi urbanisé. D'une épaisseur variant d'un peu plus de deux mètres à trois mètres, se développant sur près de deux kilomètres et demi de longueur, il protégeait un espace estimé à vingt-cinq hectares environ. Mais, au moment de sa construction, les principaux édifices publics avaient déjà perdu leur fonction. C'est pourquoi se retrouvent, dans les fondations massives de ce rempart (de près de six mètres d'épaisseur à la base), maints vestiges d'architecture monumentale, souvent remarquablement sculptés, qui furent remployés. La zone du collège Littré ne fut pas protégée par cette enceinte ; mais celle-ci imposa à la ville une forme elliptique que le coeur de Bourges, aujourd'hui encore, montre très distinctement.
   Des éléments de cette enceinte du Bas-Empire, souvent restaurés, se voient encore de place en place, dans le soubassement du palais Jacques-Coeur, vers le haut de la rampe Marceau ou encore le long du jardin de l'Archevêché, du parking souterrain de l'hôtel de ville, rue Jacques- Rimbault, et de la "promenade des remparts", rue Bourbonnoux. A l'époque où l'on édifiait cet ouvrage défensif, le nom d'Avaricum s'effaçait au profit de celui de civitas Biturigae (cité - ou district - Biturige), nom qui, altéré au cours des siècles, devint, après une dernière métamorphose, Bourges.
     Il faut se représenter Avaricum, à l'époque gallo-romaine, comme une ville moyenne occupant toute l'étendue du promontoire jusqu'aux principales rivières, l'Yèvre et l'Auron, et débordant déjà à l'ouest où un faubourg s'était implanté sur la rive gauche de l'Auron. Sa surface était comprise dans une fourchette de quatre-vingts à cent hectares.
Norbert GROS
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