Historique du site du collège

Lundi 12 Octobre 2009

LA PAROISSE ET L'EGLISE SAINTE-CROIX

    Aux constructions du Bas-Empire succéda, sur le site du collège Littré, l'église Sainte-Croix, qui fut vraisemblablement l'un des plus anciens lieux de culte chrétien de la ville de Bourges. Sa date de fondation reste incertaine : certains historiens pensent qu'elle aurait été fondée vers la fin de l'Empire Romain ; d'autres, comme La Thaumassière (rédacteur, au XVIIème siècle, d'une histoire du Berry), donnent sans hésiter 285 comme date de fondation. On affirme aussi qu'elle aurait été d’abord une église abbatiale . C'est ce que prétend par exemple l’historien local Catherinot, auteur d’une étude érudite sur les églises de Bourges.

    L'église Sainte-Croix passe pour avoir abrité les sépultures de certains des premiers évêques de Bourges. Les reliques de ces saints personnages, enfermées dans des châsses , y furent révérées jusqu'au XVIIème siècle. La tradition veut que ces évêques aient été saint éthère, ou Itier, et saint Viatre. On prétend également que Sainte-Croix aurait servi de tombeau à saint Sévitien lui-même. Certes, pour ce qui est des noms attribués aux premiers évêques, rien n'est certain. Néanmoins, il est fort probable qu'une église chrétienne exista dès la fin de la période gallo-romaine dans ce quartier, d'ailleurs très important à cette époque. Elle se serait substituée à un temple dédié au dieu Mars qui s'élevait, semble-t-il, à proximité de l'actuelle rue du Commerce, puisqu'on découvrit à cet endroit, en 1885, des inscriptions se rapportant à un tel lieu de culte.

    Il est certain que, lors de la construction de l'enceinte gallo-romaine, le quartier ainsi que l'église furent isolés de la ville et par conséquent devinrent une proie facile lors des invasions successives : par exemple, les Wisigoths, en 485, attaquèrent Bourges, puis les Francs de Chilpéric en 583, les troupes de Charles Martel en 731, celles de Pépin le Bref en 741, 760 et 762, celles de Charles le Chauve en 868, sans oublier, entre cette date et 924, des troupes de pillards normands. L'église Sainte-Croix dut beaucoup souffrir de ces assauts perpétuels.

    On ne sait pas avec certitude si, dès le début du Moyen âge, l'église Sainte-Croix dépendait de la puissante abbaye Saint-Sulpice (fondée très tôt près de l'actuelle place Rabelais : c'est aujourd'hui l'Enclos des Bénédictines). Mais on est sûr que, dans la deuxième moitié du XIème siècle, Sainte-Croix n'était plus qu'une ruine. Une charte de 1065 révèle ainsi qu'elle fut rebâtie grâce au prévôt Robert.

    Vingt ans plus tard, le même Robert se fit moine et, entrant à l'abbaye Saint-Sulpice, remit à cette abbaye tous les biens qu'il possédait. Dès lors, l'église Sainte-Croix fut définitivement une possession de l’abbaye Saint-Sulpice. Selon l'historien La Thaumassière, deux églises furent bientôt créées, dans son voisinage, au milieu du XIIème siècle, en particulier l’église Saint-Médard (dont les vestiges s'élèvent à l'extrémité de la rue Littré, face à la rue de la Sirène), si bien que la paroisse Sainte-Croix fut réduite à un petit groupe de maisons en pan de bois, dont les matériaux rendaient redoutable tout incendie, celui-ci se propageant rapidement, pour peu que le vent se mêlât de la partie. Cela ne manqua pas d’arriver à Bourges : en 1487, l'incendie dit de la Madeleine ravagea notamment tout le quartier Sainte-Croix et son église qui fut cependant reconstruite. L’événement fut ressenti comme une catastrophe par les Berruyers ; il compromit gravement la survie économique de la ville ; il influença aussi, par la suite, les techniques de construction.
En 1562, lorsque les Huguenots occupèrent Bourges, l'église fut pillée et la châsse de saint Sévitien détruite. Au XVIIème siècle, La Thaumassière écrivait : « Sainte-Croix n'est à présent qu'une très petite église paroissiale, de très peu d'étendue, la moindre et la plus pauvre de toute la ville ». Les propriétaires des maisons bâties dans son périmètre avaient beau payer le cens et la dîme , les revenus attachés à l’église demeuraient modestes, étant proportionnels à l’étendue de la paroisse. Au surplus, ils profitaient non pas au desservant de l'église, mais aux moines de Saint-Sulpice ; et ces derniers ne versaient qu'une portion congrue au prêtre de la paroisse, à en juger par les réclamations du curé Descayeux, le desservant, en 1660.

    Les morts furent longtemps enterrés dans le cimetière paroissial, qui empiétait sur la rue des Trois-Pommes. Un plan du XVIIIème siècle nous apprend qu'il mesurait neuf toises dans sa plus grande longueur et six toises de largeur, soit environ dix-huit mètres sur douze. Il couvrait seulement vingt-neuf toises carrées.
LES MAISONS EN PANS DE BOIS
    A Bourges, les maisons à colombages ou maisons en pans de bois datent essentiellement de la fin du XVème et du XVIème siècles. Bien évidemment, elles ont été reconstruites ou restaurées à plusieurs reprises. En effet, beaucoup de maisons berruyères furent détruites lors de l'incendie dit « de la Madeleine ».


    Les façades en pans de bois sont principalement constituées de deux types de matériaux : l'ossature proprement dite, charpente qui est généralement réalisée en chêne, et le hourdis , servant au remplissage des vides laissés entre les poutres et les traverses de bois. L'ensemble était généralement recouvert d'un enduit , mélange de sable et de chaux étendu sur des lattes fixées à l'ossature, afin de protéger la construction des dégradations dues aux intempéries. à Bourges, le hourdis est le plus souvent constitué d'une maçonnerie de moellons et beaucoup plus rarement de torchis . Celui-ci a dû être le plus utilisé primitivement, avant d'être remplacé par une maçonnerie de moellons et réservé, à cause de sa fragilité, à la réalisation des cloisons intérieures. Lorsque l’ossature restait à découvert, elle était parfois richement sculptée. Tel est le cas de la « Maison de la Reine Blanche », rue Gambon, qui mérite qu’on lui prête grande attention : sa décoration, mêlant le profane et la référence aux saintes écritures, est à la fois surprenante et unique.

    Quelques ravalements de façades primitives ont révélé que les bois de chêne n'avaient subi aucun traitement particulier et que les hourdis de maçonnerie avaient seulement été revêtus d'enduits soigneusement lissés, eux-mêmes badigeonnés d'époque en époque de plusieurs couches de lait de chaux.

    Des photographies et des gravures anciennes montrent que l'architecture des façades en pans de bois de la ville a varié au cours du temps en fonction des modes. Si vous désirez en admirer quelques-unes, rendez-vous rue Bourbonnoux : ne manquez pas, au numéro 77, une des rares façades de Bourges ayant conservé un enduit ancien. En outre, une exposition permanente, à l’Office de Tourisme de Bourges, est consacrée à la technique de construction des maisons à colombages.

L'INCENDIE DE LA MADELEINE

    Il est rare, dans une ville, que le feu se propage d'une habitation en pierre à une autre. Souvent, l'incendie prend naissance dans une modeste maison particulière, construite pour l'essentiel en bois, dans l'atelier d'un artisan utilisant un feu soutenu (forgeron, teinturier...) ou le fournil d’un boulanger. L'explication tient à l'étroitesse des pièces : on vit, en hiver, le plus près possible du foyer, entretenu tout le jour pour chauffer, éclairer, cuisiner ; et le feu est prompt à se nourrir, dans le domicile des petites gens du Moyen Age, d’une grande quantité de matières immédiatement combustibles, essentiellement du bois : meubles, planchers, structures en colombages, charpentes des toits.

    Après un premier incendie de Bourges en 1463 puis un autre qui, en 1466, né près de l'église Saint-Bonnet, ravagea tout le quartier de la place Gordaine, éclata celui « de la Madeleine », le 22 juillet 1487, jour de la fête de sainte Marie-Madeleine, d'où vient le nom qui fut donné à ce fléau. Ce fut un événement bien plus important que les autres, dans une ville éprouvée par la guerre du Bien public (1464-1466), par une émeute dont la répression s'accompagna d’une lourde taxe extraordinaire levée par Louis XI (1474) et par deux épidémies de peste.

    Le feu se déclara à l'angle de la rue des Trois-Pommes et de l'actuelle rue Gambon, dans la demeure d'un artisan. Il se propagea rapidement, à la faveur d'un vent d'ouest. Un tiers de la ville fut touché, correspondant aux quartiers les plus peuplés où se trouvaient aussi d'importants commerces de denrées et de fourrures. Les traces importantes de cette calamité (couche de cendres, fragments de pièces de bois calcinées, moellons et tuiles éclatés sous l'action du feu), mises au jour cinq siècles plus tard, en 1986, lors de la campagne de fouilles du collège Littré, témoignent de la violence de l'incendie. Quelque trois mille maisons brûlèrent ; les archives municipales conservées dans l'église Notre-Dame la Comtale furent entièrement consumées ; douze églises furent détruites ou endommagées.

    Cet incendie eut de funestes conséquences économiques. Les deux foires annuelles de Pâques et de la Toussaint, créées par Charles VIII, d'abord pour une durée de cinq années à compter de 1484, après suppression des importantes foires de Lyon, commençaient à peine à donner à la ville une impulsion économique salutaire. Mais, dans la ville transformée en un champ de ruines, la foire de la Toussaint de 1487 ne pouvait se tenir. Ainsi, la prospérité qu'avaient fait renaître l'installation toute récente de négociants et le rétablissement d'un commerce de luxe n'avait duré somme toute pour les Berruyers que le temps d'un feu de paille.

    Dès la fin du siècle, on s'activa pour relever la cité : le centre ville actuel a été, pour une large part, remodelé par cette reconstruction. Mais, enrichi par l’expérience, on adopta de judicieuses solutions techniques pour limiter la propagation éventuelle du feu,. Souvent, seuls les étages furent élevés en pan de bois, les boutiques et les ateliers mitoyens étant séparés les uns des autres par des murs de pierre pare-feu. On imagina même de construire, dans le prolongement des arrière-boutiques, des annexes, loges de pierre destinées à abriter la recette et les archives des commerçants ou des artisans, telles celles qui se voient encore place Bascoulard.

COMPLAINTE SUR LE GRAND INCENDIE

Le grant feu très fort merveilleux 1
Commença, ainsi je le crois,
Par l'église de Sainte-Croix,
Et de là fit la descendue 2
En brûlant toute la Grand'Rue
Que l'on nomme de Mont-Chevri 3 ,
Et puis apres, comme je vis,
Embrasa, comme s'il fut fol,
Tout Saint-Ambroise 4 et tout Peto 5
Porte-Neuve 6 et rue des Toiles 7 ;
Et puis après tendit ses voiles,
Brûlant Auvent 8 et Croix-de-Pierre 9 ;
Et apres il s'en vint conquerre 10
L'église Saint-Pierre-le-Marché 11 .
Aussi n'en eut meilleur marché 12
La grand'rue de la Parerie ;
De toutes parts en fut saisie
La rue des Seps et Mirebeau,
Et toutes maisons dessus l'eau 13 ;
Et puis après mit tout à net 14
La paroisse de Saint-Bonnet,
Et Saint-Laurent 15 , maisons, église,
N'y laissa pas une chemise.
La moitié du bourg Saint-Privé 16
Ne Saint-Quentin 17 n'en fut privé,
Non plus le portail de la ville.
(...) Les Carmes 18 , Comtau 19 , Paradis 20 ,
De toutes parts fut désolé,
Et déconfit et affolé
Par le grant feu qui fut tant chaud,
Tout Saint-Michel 21 ,et la Fourchaud 22 ,
Jusques au coin qu'on dit Bastard 23 .
Tout fut perdu, brûlé et ars 24 ,
Comme si c'étoit feu de poudre ;
Mais, Dieu mercy, ne passa outre.
Les Augustins, la Boucherie,
Les Changes, la Poissonnerie 25 ,
Porte Gordaine n'eut pas mieux,
Pelleterie 26 ne la Narrette 27 .
Chacun pensoit presque défaite 28
De la grand'rue 29 près la moitié,
Et de Charlet, dont fut pitié.
Saint-Jean-des-Champs 30 point n'y toucha,
Mais près de lui fort s’approcha.
Fut appaisé au matin coy 31 ...
Norbert GROS
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