Historique du site du collège

Lundi 12 Octobre 2009

DU COLLEGE MUNICIPAL DE JEUNES FILLES AU COLLEGE LITTRE

    En 1905, la fameuse loi de séparation des églises et de l'état (ou loi Combes) obligea les religieuses à quitter les locaux. Ceux-ci devinrent alors propriété de la ville qui décida que les deux bâtiments seraient affectés au collège municipal de jeunes filles. Ce dernier, qui avait été créé en 1904 dans l'ancien couvent des Bénédictines de Saint-Laurent (5 rue Michel de Bourges), avait en effet connu un succès considérable. L'effectif, de vingt-deux élèves en début d'année scolaire, avait atteint quatre-vingt-huit inscrites en mai 1905 ! Un déménagement dans des locaux plus adaptés s'imposait donc. Ce fut ainsi que, le 7 novembre 1905, après quelques travaux d'aménagement, le collège public municipal de jeunes filles s'installa rue Littré.

    Jusqu'en 1908, le nombre d'élèves ne cessa d'augmenter. Cependant, les années 1909-1912 furent marquées par une crise des effectifs. En août 1914, l'internat fut forcé de fermer ses portes, tandis que le collège était transformé en un hôpital militaire de deux cent vingt lits. Les élèves et leurs professeurs emménagèrent provisoirement dans un hôtel particulier de la rue Edouard-Branly et y restèrent jusqu’en 1918. à peine réinstallé rue Littré, en janvier 1918, l'établissement dut mettre une partie de ses locaux à la disposition de l'armée américaine, qui y établit un hôpital de convalescence : le « Camp hospital 68 ». Cette occupation des locaux dura jusqu'en août 1919.

SEPARATION DES EGLISES ET DE L'ETAT

Une première tentative de séparation des églises et de l'état eut lieu dans les années qui suivirent la Révolution française, avec la publication d'un décret, le 3 ventôse an III (21 février 1795). Cependant, ce régime ne dura que six ans. Il fut remis en cause lors de la signature, le 16 juillet 1801, du Concordat puisque, désormais, les membres du clergé reçurent de l’état un traitement, à l’instar des fonctionnaires.
Toutefois, au cours du XIXème siècle, l'idéal de liberté proclamé par la Révolution française faisait son chemin. Sous la Troisième République, l'influence exercée par la franc-maçonnerie, à la fois sur les membres du Gouvernement et sur ceux des deux chambres, se fit de plus en plus sensible. Les loges maçonniques souhaitaient contribuer à parfaire la laïcisation de l'état, à bâtir une société dans laquelle la foi dans le progrès et les lumières de la science se substituerait à la foi religieuse. C’était d’ailleurs aussi l’aspiration de ceux qui, emboîtant le pas à Auguste Comte, avaient adopté la doctrine positiviste professée par ce dernier ; et Emile Littré lui-même était des leurs. Les loges maçonniques étaient donc hostiles au pouvoir de l'église. La loi de séparation apparaît ainsi comme l'aboutissement d'une sorte de croisade visant à purger l'état de l'influence de l'église catholique. C'est pendant cette croisade que furent promulgués par Jules Ferry les décrets organisant l'école publique, laïque et gratuite (1880-1882) et que des mesures furent prises à l'encontre des congrégations enseignantes, qui provoquèrent une rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.
Toujours en vigueur, la loi de séparation des églises et de l'état, adoptée par la Chambre des députés le 3 juillet 1905, puis par le Sénat et promulguée le 9 décembre de la même année, rompt avec le Concordat. Elle proclame (dans l’article I) que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». Par cette dernière
expression, la loi fait référence à la situation qui prévalait jusqu’alors, l’état ayant reconnu antérieurement trois églises (l’église catholique, l’église protestante réunissant le culte réformé et le culte luthérien, l’église israélite). Depuis cette époque s’est ajouté le culte musulman. Cette même loi a rendu l’état propriétaire des biens ecclésiastiques, les édifices du culte étant confiés à des « associations cultuelles » formées par les fidèles et devant réunir une majorité de laïcs.
Si les protestants et les israélites acceptèrent d'emblée cette loi, les catholiques, en revanche, adoptèrent une attitude de résistance voire d'hostilité et les inventaires des biens ecclésiastiques donnèrent lieu souvent à de vives échauffourées. Le pape Pie X condamna successivement la loi de séparation elle-même ( encyclique Vehementer nos, en février 1906) et les associations cultuelles (encyclique Gravissimo officii, en août 1906).

    Après ces cinq années tourmentées, le collège municipal fut réorganisé, pour être finalement transformé en lycée de jeunes filles à la rentrée de 1921. Il comprenait alors les sept niveaux d’enseignement réunissant le premier et le second cycles. Un internat au confort sommaire fut bientôt réinstallé dans les greniers.

    Durant la période de l'entre-deux-guerres, l'établissement se développa rapidement. Cette époque fut marquée notamment par le professorat de Simone Weil, durant l'année scolaire 1935-1936 : elle enseigna en effet la philosophie et le grec à des jeunes filles de terminale.

    En 1939, le lycée comptait trois cent quarante élèves. Il fut cependant évacué de juin 1940 à juin 1941, du fait de la réquisition de ses locaux, occupés par l'armée allemande. Mais, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, on assista à une très importante montée des effectifs : quatre cent quatre-vingt-cinq inscrites en 1944, mille vingt-neuf en 1953 ! La directrice de l'époque, Madame Cordillot, indignée par l'état de délabrement de l'internat, réclama des locaux plus décents : elle obtint gain de cause.
Le 7 mars 1953, l'internat de Vauvert, construit pour les lycéennes, fut inauguré par le ministre de l'éducation nationale André Marie. Les locaux vastes, aérés, fonctionnels, abritaient alors un internat modèle, « le plus bel internat de France » aux dires du ministre. Des générations de lycéennes (et plus tard de lycéens) effectuèrent dès lors, en rang, les trajets entre Vauvert et le lycée de jeunes filles, matin, midi et soir.
 
SIMONE WEIL

    Née à Paris le 3 février 1909 dans une famille aisée et cultivée, Simone Weil, élève brillante, obtient sa première partie de baccalauréat à quinze ans. Bachelière à seize ans, elle s'inscrit à la fois en Première supérieure au lycée Henri IV et à la faculté de la Sorbonne, à Paris. En 1931, elle est reçue à l' agrégation de philosophie. Mais, après trois années d'expérience de l'enseignement dans des lycées de jeunes filles en province, elle décide de travailler en tant qu'ouvrière chez Alsthom, puis chez Renault. Elle est cependant contrainte en 1935 de quitter l'usine, car une santé chancelante l'empêche d'effectuer son travail trop physique. Elle enseigne encore une année au lycée de jeunes filles de Bourges avant de s'engager, durant l'été 1936, aux côtés des volontaires républicains pour combattre le fascisme en Espagne.

    Dans les années 1937-1938, Simone Weil mène une réflexion spirituelle sur le christianisme, tout en assurant à nouveau épisodiquement une activité de professeur de philosophie. Elle est toutefois révoquée de l'enseignement dès 1939 par le régime de Vichy, à cause de ses origines juives. De 1940 à 1942, elle réside à Marseille et vient en aide aux personnes traquées par le gouvernement du maréchal Pétain. En 1942, elle s'embarque pour New-York, puis rejoint Londres où elle se met au service de la Résistance. Mais sa mauvaise santé l'empêche de participer comme elle l'entend à la lutte contre le nazisme vainqueur sur le continent : elle est reléguée malgré elle à des tâches administratives. Dès lors, elle s'impose les privations auxquelles ses compatriotes sont eux-mêmes partout soumis sur le territoire de la France métropolitaine. Sa santé, minée par la tuberculose, décline très rapidement et elle meurt au sanatorium d'Ashford, au Royaume-Uni, le 24 août 1943.

    En 1973 fut entreprise, rue de Vauvert, la construction de bâtiments destinés uniquement à l’enseignement du second cycle. Ainsi eut lieu en janvier 1974 la séparation des deux cycles d'enseignement et l'installation des classes de lycée dans leurs nouveaux locaux. Le lycée était déjà mixte depuis plusieurs années, des garçons ayant été acceptés dans les petites classes à partir de 1965. Il est maintenant connu sous le nom de « lycée Marguerite de Navarre », nom qui a été choisi en 1968 et est entré officiellement en vigueur le 27 juin 1969.

    De cette séparation naquit le collège d'état, réunissant les quatre niveaux du premier cycle, qui continua d'occuper le site de la rue Littré. Dans la foulée, on abattit en 1975 la maison qui, à l’angle de la rue Paul-Duplan et de la rue Littré, abritait des salles de classe et constituait ainsi l’annexe connue sous le nom de « Talbotier ». En effet, dans cet immeuble où avait fonctionné pendant la première moitié du siècle un atelier de confection, avait été installé en 1947 le « petit lycée », c’est-à-dire l’école primaire (comprenant quatre niveaux, de la dixième à la septième) qui, associée au lycée de jeunes filles, se trouvait jusqu’alors dans les bâtiments de l’actuel collège. Le petit lycée ayant été supprimé au cours des années 60, on avait réaménagé les salles de cours de cette annexe pour les affecter à l’enseignement des classes de seconde.

    Le long de la rue des Trois-Pommes, non seulement on rasa aussi, juste après la rentrée de septembre 1975, le bâtiment dont le rez-de-chaussée abritait notamment la salle des professeurs, mais encore, en 1977, l’ancienne chapelle, dernier vestige du passé religieux du site, afin d’édifier sur leur emplacement un nouveau bâtiment comportant un réfectoire aménagé pour servir au besoin de salle de conférences ou de projections et de salle d’étude, ainsi que des salles d’enseignement spécialisé et les locaux techniques des agents d’entretien. Parallèlement, lors de l'unification du premier cycle, on réunit sous une même direction le collège Littré et l’ancien collège Avaricum, sis rue de Wittelsheim, qui avait été annexé au lycée de jeunes filles dès 1969. élèves, conduits par un surveillant, et professeurs firent dès lors le trajet entre les deux sites, à toute heure de la journée.

    En 1985-1986 furent effectuées des fouilles archéologiques, précédant l'édification d'un gymnase semi-enterré et de salles destinées notamment à l'enseignement scientifique et technologique. Des professeurs et des élèves, qui le souhaitaient, participèrent momentanément à ces fouilles. Cette nouvelle extension du collège fut inaugurée le 3 février 1988. Ainsi le collège Avaricum fut-il désaffecté.

    Le 17 novembre 1993 eut lieu une journée d'hommage à Simone Weil, en mémoire du séjour de la philosophe comme professeur au lycée de jeunes filles. à l'initiative de l'Amicale du Lycée Marguerite de Navarre, de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Berry, de Monsieur Royer, Principal du collège et de Monsieur Fabre, attaché d'intendance, cette journée répondait aux attentes des anciennes élèves de l'illustre philosophe. à cette occasion fut dévoilée une plaque commémorative fixée sur la façade du bâtiment administratif.

 
Norbert GROS
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